Mercredi 12 septembre 2007
Reconnaissance du génocide arménien : polémique aux USA et en Israël
Depuis plusieurs mois, le Congrès américain prépare une résolution reconnaissant le génocide arménien commis par les autorités turques et ayant fait un million et
demi de victimes à partir de 1915. Ce projet est vivement combattu par l’état turc qui nie encore le génocide et cherche à bloquer sa reconnaissance par tous les
moyens.
En avril dernier l’organisation juive américaine Anti Defamation League (ADL) dirigée par Abraham Foxman, dont la vocation historique est la lutte contre l’antisémitisme et
le racisme, a d’abord pris une position hostile à cette reconnaissance. A.Foxman s’est opposé à cette initiative, pourtant soutenue par l’écrasante majorité des sénateurs d’origine juive (29
sur 43), en utilisant une ligne ressemblant à celle de l’état turc : il s’agirait uniquement d’un débat historique à régler par le « dialogue » entre la Turquie et l’Arménie. La direction de
l’ADL arguait aussi de l’absence de tout danger pour les Arméniens actuellement (quelques mois après l’assassinat à Istanbul du journaliste Hrant Dink !) A l’inverse elle arguait des
dangers menaçant les Juifs de Turquie, et les intérêts d’Israël dont la Turquie est l’alliée régionale.
A. Foxman a même limogé le responsable ADL de la région de Boston pour s’être publiquement opposé à sa position et s’être déclaré favorable à la reconnaissance, en solidarité
avec les Arméniens.
Face au tollé dans les communautés juive et arménienne, A.Foxman, après s’être concerté avec Elie Wiesel, a reconnu qu’il s’agissait bien d’un « équivalent de génocide » mais
maintient son opposition à la résolution du Sénat ;
Cette revirement a connu un impact très important et déclenché une contre-offensive turque.
Le gouvernement israélien sollicité et pressionné par le gouvernement turc s’est immiscé dans ce débat. Le président Pérès a réaffirmé qu’Israël maintenait sa position
traditionnelle de non reconnaissance du génocide arménien (voir notre article précédent Une loi contre le négationnisme ?)
Cette position scandaleuse est contraire à la vérité historique et à la solidarité de deux peuples qui ont subi un génocide.
Faut-il rappeler que les nazis eux –même trouvaient un encouragement dans la manière dont le génocide arménien était nié :
« Mais qui se souvient encore du massacre des Arméniens ? » déclarait ainsi Hitler dans une allocution aux commandants en chef de l'armée allemande le 22 août 1939, quelques
jours avant l'invasion de la Pologne.
De nombreuses prises de position dans ce débat font référence à Henry Morgenthau, personnalité juive qui a voulu empêcher les massacres en 1915.
Alors ambassadeur des Etats-Unis en Turquie, Morgenthau a tenté d’éviter le génocide (le terme n’existait pas à l’époque et a été forgé en 1948).
Il a ainsi envoyé un message célèbre au Département d’Etat américain le 10 juillet 1915 : "Persécution d’Arméniens.. Supposition de dimensions sans précédents ... tentative
systématique de déraciner la paisible population arménienne et par arrestations arbitraires, épouvantables tortures, expulsions de masse et déportations d’un point de l’Empire à l’autre
accompagné par des cas fréquents de viols, pillages et meurtres, se métamorphosant en massacres, pour apporter destruction et misère sur eux. Ces mesures sont ... dirigées de Constantinople
.... " Le 11 août de la même année, son câble décrit les actions turques comme « un effort pour exterminer une race ».
Le cynisme des gouvernants israéliens qui refusent la reconnaissance de ce génocide au nom de la géopolitique régionale, s’applique d’ailleurs aussi aux survivants de la Shoah en
Israël, dont beaucoup vivent dans le misère,et aux réfugiés du Darfour que les autorités voulaient refouler vers l’Egypte avant d’accepter de les
accueillir.
MEMORIAL 98
Par memorial98
-
Publié dans : memorial98
1
-
Recommander